Identificador: TDX:2481
Autores: Calabrese, Erminia
Resumen:
Le Hezbollah libanais irrite, intrigue et fascine. Du parti des mustada’afin (sans pouvoir) des régions rurales et urbaines de la Bekaa et du Sud Liban a celui des négligés de la banlieue sud, toujours dans les limites de la communauté chiite, aujourd’hui le Hezbollah joue un rôle centrale au sein du système politique libanais et même au niveau régional.
En s’appuyant sur l’identité confessionnelle et la valorisant pour structurer une société dite « de la résistance », le Hezbollah est aujourd’hui, avec le mouvement Amal, un des principaux représentants de la communauté chiite libanaise.
Retraçant les histoires des femmes et des hommes qui, à un certain moment de leur vie, ont décidé de s’engager au Hezbollah, cette thèse porte sur la militance dans ce parti dans la banlieue sud de Beyrouth. Elle interroge les formes plurielles de cet engagement et ses spécificités à travers une analyse des trajectoires militantes. En appréhendant le parti à partir de ses militants et adhérents, cette thèse vise à comprendre comment, plutôt que pourquoi, se fait l’engagement au Hezbollah et, plus généralement, comment le système politique libanais rend-il compte des mobilisations politiques. L’essentiel de la production scientifique sur le Hezbollah a principalement été consacrée, jusqu'à maintenant à l’histoire évènementielle du parti, à sa place dans le système politique libanais, à sa « libanisation » et à son poids croissant sur les scènes nationale, régionale et internationale. Ces approches, les plus souvent macrosociologiques, nous renseignent peu sur les militants et la militance partisane. Ce travail se propose de donner un nouvel éclairage sur le Hezbollah en déplaçant la focale sur ceux qui font la base du parti : les militant.
Cette recherche se base sur un travail de terrain effectué dans la banlieue sud de Beyrouth entre 2005 et 2011, avec des entretiens qualitatives et des conversations auprès de plus de cent militants et cadres du parti.
Selon cette approche le Hezbollah ne se réduit pas a son conseil exécutif principale et a son expression officielle mais il est aussi l’ensemble de ses militants qui, s’ils ne s’opposent pas à la direction du parti, représentent bien plus profondément la réalité du Hezbollah.
Ce changement de perspective explique que je procéderai a l’analyse de la « société partisane » pour remonter progressivement vers la direction du parti, ce qui permettra d’interroger l’investissement dans le parti et le travail social d’ajustement auquel ce parti a du procéder afin de s’adapter aux exigences et aux règles de fonctionnement du milieu ou il s’est installé.
L’hypothèse que j’avance dans ce travail est que la force mobilisatrice du Hezbollah se trouve ailleurs que dans son discours et ses décisions politiques, et dans les mécanismes institutionnels auxquels il participe. Le Hezbollah fonctionne comme une « société parallèle » régie a l’intérieur par des rapports de pouvoir et de sociabilités très solides : des pratiques de mobilisations qui concernent aussi bien l’éducation et le scoutisme que les services sociaux, la vie culturelle, la gestion, la planification urbaine et la lutte armée.
Cette recherche s’inscrit de manière globale au croisement de la sociologie de l’engagement et de celle des mobilisations. Il s’agit de comprendre comment s’effectuent les investissements dans le Hezbollah? Quels sont les facteurs de socialisation politique qui signent l’entrée dans l’espace partisan? Comment, plutôt que pourquoi, des individus s’engagent dans le parti? Comment l’organisation partisane conçoit -t-elle l’engagement, et comment en revanche ce modèle du « bon militant » diffusé par le parti est-il adopté a son tour sur le terrain?
L’étude de l’engagement avec ses formes plurielles impliquerait aussi une remise en cause de l’analyse d’un parti politique comme un tout homogène, mais comme un corps politique continuellement façonné dans son interaction avec son environnement
Ce travail se propose aussi de déconstruire l’image qui associe souvent de manière systématique l’expérience vécue comme membres de la communauté chiite à une adhésion au Hezbollah. Pour ne pas en rester à cette idée d’un processus mécanique d’adhésion de la communauté chiite au Hezbollah, c’est le travail concret de mobilisation politique que je cherche à explorer, en évaluant son efficacité (c’est-à-dire aussi son inefficacité) dans des contextes sociaux particuliers. L’engagement au Hezbollah reste un choix politique qui trouve en effet en partie sa source dans l’institution partisane et dans les pratiques qu’elle promeut.